dégoulinants de cils fins et longs comme des cheveux, les yeux roulent sur moi et sur moi encore, billes douces et blanches, tendres comme des œufs. de la main je cherche l’ouverture, au milieu des tissus bouffonants, te retourner comme on tue les poulpes, tête en dedans et tentacules secouées de spasmes. l’air lourd sort et entre par bouffées toxiques, bruits humides. le mur souple et fissuré de ta peau se tord, prêt à céder, barrage de retenue des eaux lustrales, blanchies, que renferment tes os. doucement articulés ils glissent autour de moi comme une cage bien ajustée, lustrés et durs comme des pierres. je te sens cascader en dedans, comme les remous d’une lointaine et profonde rivière, et j’écoute patiemment le goutte-à-goutte de ton cœur, qui disperse les liquides qui nous servent de câbles. comme des filins lancés autours de nous ils dansent et coulent et s’attachent doucement. nous sommes comme une méduse avec ses fils qui sortent du ventre et flottent, translucides, paralysant nos proies. nous sommes comme des poissons glissants en bancs dans l’océan, ventres sacs distendus pleins à craquer d’œufs mous et ronds. nous sommes une huitre à la chair torturée, enfermée dans sa coquille aiguisée de rage, coupante d’orgueil, blessante de vérité.
aussi que dire de l’eau amère qui coule de la fente de tes yeux jusque dans ma bouche, petite rivière, que dire de ces mers qui traversent nos corps, nous transforment à jamais, du sel qui se dépose, partout ? et l’écume douce qui perle en fines lignes, fragile et fuyante, comment lui dire non ? le sable en suspension, qui, secoué dans la houle, dessine de ces rares hologrammes sous la mer, blesse aussi mortellement entre les valves de chair douce, mais qui le retiendrais ? oh que dire de la vague, sinon qu’elle m’emporte ?

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